Avortement

Représentation de l’ivg dans les films et séries : quel impact sur l’opinion publique et sur la perception du vécu des femmes

Représentation de l’ivg dans les films et séries : quel impact sur l’opinion publique et sur la perception du vécu des femmes

Représentation de l’ivg dans les films et séries : quel impact sur l’opinion publique et sur la perception du vécu des femmes

Une femme qui réfléchit à une IVG dans un film ou une série, ça dure souvent 3 minutes. Soit elle change d’avis au dernier moment, soit tout est réglé hors champ, soit c’est présenté comme un traumatisme à vie. Dans la réalité, les choses sont plus nuancées, plus longues, et souvent beaucoup moins spectaculaires.

Dans cet article, je vous propose de regarder de près comment l’IVG est représentée sur nos écrans et ce que cela change, concrètement, pour l’opinion publique et pour les femmes qui vivent (ou ont vécu) un avortement.

Ce que montrent (vraiment) les films et séries quand ils parlent d’IVG

On pourrait croire que l’IVG est omniprésente dans la fiction, mais quand on regarde les études de plus près, ce n’est pas si simple. Des chercheurs et chercheuses américaines, par exemple, analysent depuis des années les intrigues autour de l’avortement dans les séries et films (notamment via l’équipe de l’ANSIRH, University of California). Leur constat est assez clair : l’IVG est présente, mais souvent de manière partielle ou déformée.

On retrouve surtout quelques grands « scénarios types » :

On voit beaucoup moins souvent, à l’écran, ce qui est pourtant le plus fréquent dans la vraie vie : une décision réfléchie, parfois difficile mais assumée, un parcours médical encadré, des émotions variées (soulagement, tristesse, fatigue, ambivalence) qui ne se résument pas à un seul sentiment.

Entre fiction et réalité : ce que disent les chiffres sur l’IVG

Pour mesurer l’écart entre représentations et vécu réel, quelques repères concrets sont utiles (données France, INED, Drees, Santé publique France) :

Ce que l’on voit à l’écran, pourtant, insiste souvent sur la dimension « choc » et « drame », parce que c’est plus spectaculaire. Le problème, c’est que cette surreprésentation du drame finit par donner l’impression que l’IVG est forcément un moment extrême, alors que pour beaucoup de femmes, c’est surtout un choix complexe pris dans un contexte de vie concret.

Ce que la fiction oublie (presque toujours) de montrer

Quand on regarde une série, on parle rarement de droit, de délais, de médecins généralistes, de planning familial. Pourtant, dans la vraie vie, ce sont ces éléments-là qui structurent réellement le parcours.

Les fictions montrent très peu :

Résultat : quand une femme se retrouve confrontée à une grossesse non prévue, son premier réflexe peut être d’imaginer ce qu’elle a vu dans les séries… et donc de se représenter l’IVG comme quelque chose de plus dangereux, plus culpabilisant ou plus solitaire que cela ne l’est dans la vie réelle.

Comment les films et séries influencent l’opinion publique

La fiction ne « fabrique » pas l’opinion publique à elle seule, mais elle y contribue. On peut distinguer plusieurs effets possibles :

À l’inverse, plusieurs recherches en sciences sociales ont montré que voir une représentation nuancée et réaliste de l’IVG peut rendre les publics plus favorables au droit à l’avortement, ou du moins plus empathiques envers les personnes qui y ont recours. On ne change pas forcément d’avis, mais on comprend mieux ce que cela implique au quotidien.

Effet miroir : ce que ces images font aux femmes qui ont vécu une IVG

Quand on a soi-même vécu une IVG, voir un avortement à l’écran n’est jamais neutre. Selon la manière dont c’est montré, cela peut :

Ce décalage est important à nommer. Il rappelle que la fiction raconte une histoire, avec ses besoins de rythme et de dramaturgie, et pas une norme émotionnelle à laquelle il faudrait se comparer.

Dans la vraie vie, les réactions possibles après une IVG sont très variées :

Aucune de ces réactions n’est « plus normale » qu’une autre. Ce qui manque souvent dans les films et les séries, c’est cette diversité-là.

Ce que l’on pourrait faire mieux à l’écran

La bonne nouvelle, c’est que la représentation de l’IVG a déjà évolué ces dernières années. On voit davantage :

Mais il reste beaucoup de chemin. Si l’on voulait s’approcher davantage du vécu réel, on pourrait imaginer des scénarios qui montrent, par exemple :

Sans faire un cours de droit ou de médecine, la fiction peut déjà corriger certaines idées reçues, simplement en montrant ce qui se passe vraiment dans un cabinet médical, une salle d’attente, un échange avec un·e professionnel·le.

Comment regarder ces scènes sans se laisser enfermer par elles

Si vous tombez sur une scène d’IVG dans un film ou une série et que cela vous remue, vous pouvez garder en tête quelques repères simples :

Des ressources pour remettre la fiction à sa place

Pour contrebalancer ce que l’on voit dans les films et les séries, il peut être utile de s’appuyer sur des sources qui décrivent l’IVG telle qu’elle est vécue en France aujourd’hui.

Quelques pistes :

L’idée n’est pas d’opposer « le cinéma qui ment » à « la médecine qui dit la vérité », mais de remettre chaque chose à sa place : la fiction pour les émotions, les images, les identifications ; l’information médicale et juridique pour les faits, les repères, les choix concrets.

À retenir

En résumé :

Nos écrans n’ont pas le dernier mot sur ce que devrait être une IVG, ni sur la façon dont une femme « devrait » se sentir. Ils peuvent ouvrir des pistes, susciter des questions, parfois mettre des mots. Le reste se joue surtout dans les cabinets médicaux, dans les échanges avec les proches, et dans ce dialogue silencieux que chacune entretient avec elle-même au moment de faire un choix.

Quitter la version mobile